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Alors que les sociétés robotiques les plus avancées de Chine et du monde planchent sur l’assistance à domicile robotisée, une question se pose : sommes-nous prêts à vivre avec des robots ? C’est l’un des grands défis de cette « rencontre du troisième type », bien différente de celle que Spielberg avait imaginée.
Finalement, le premier étranger véritable que nous apprêtons à accueillir massivement parmi nous ne sera peut-être pas extra-terrestre. Loin des « petits gris » chers à l’auteur de science-fiction Jimmy Guieu, il sera plutôt le fruit de notre propre création et aura la forme d’un être robotique et synthétique doté d’intelligence. Tel qu’il se dessine dans ce premier quart du 21e siècle, il aura encore la possibilité de converser avec nous mais aussi d’agir et d’évoluer, de manière autonome, dans un environnement complexe : notre logis.
Avant d’en arriver là, des questions se posent encore toutefois. Elles sont même au cœur de la grande question de notre dossier spécial : Team C-3PO ou Team Terminator, de quel côté vous situez-vous quand on vous parle de robot ménager intelligent et autonome ?
Les robots savent-ils reconnaître nos émotions ?

Comprendre notre langage et nos mots ne suffit pas forcément pour devenir un bon compagnon. Au cœur de l’empathie humaine, se cache la lecture et l’interprétation de tout un tas de micro-signaux que nous décryptons en permanence, quelquefois même sans nous en rendre compte.
Des techniques comme la Programmation Neurolinguistique ou la lecture de la communication corporelle ont particulièrement étudié ces phénomènes de communication invisible1.
Dans cette optique mimétique, certains robots se voient de plus en plus dotés de fonctionnalités leur permettant de chercher à interpréter notre voix, nos expressions faciales, notre posture ou même certains changements dans nos habitudes.
En matière d’assistance à domicile, on pourrait imaginer des détections poussées de micro-signaux de nature à déclencher ou induire certains seuils d’alerte : baisse d’intensité vocale, respiration saccadée, démarches anormales (fatigue ou risque de perte d’équilibre), etc…
Sans avoir le visage d’un être humain, C-3PO dans Star Wars avec ses temps de silence, son empathie, ses réaction à chaud et même certaines de ses maladresses est justement doté de telles fonctionnalités avancées. Certains prototypes poussent actuellement très loin cette recherche d’interactions plus naturelles.
Dans notre article précédent, nous mentionnions le robot humanoïde chinois MOYA qui explore, en plus d’une détection d’émotions, l’utilisation d’une peau souple et d’une température corporelle proche de celle d’un humain pour renforcer la proximité kinesthésique.
Important
Attention au vocabulaire : détecter certains signes associés à une émotion ne signifie pas ressentir ou véritablement comprendre cette émotion.
Le principal défi du robot assistant : accepterons-nous de vivre avec eux ?
Un robot compagnon ou assistant devra probablement connaître une partie de nos habitudes, circuler dans notre logement sans difficulté et utiliser différents capteurs. On peut même imaginer qu’il soit entraîné, au préalable, à évoluer dans un environnement particulier. Selon ses fonctions, il pourrait également disposer de caméras ou de microphones, pour communiquer avec le senior mais aussi avec ses proches ou même des services d’assistance.
Tout le monde ne réagira évidemment pas de la même manière à cette présence. Là encore, les formes sont peut-être à inventer. Un robot « Kawaï » à la japonaise ou à la coréenne, qui ne cherchera pas particulièrement le mimétisme complet avec la forme humaine et sa plasticité pourrait peut-être trouver un taux d’adoption supérieur à un androïde “maladroitement” humain (fausse peau, faux visage, expression faciale limitée, démarche zombie) et qui ne passera pas le cap de l’Uncanny Valley.
La forme androïde au service des séniors et du maintien à domicile ?

D’un point de vue purement mécanique, la forme humanoïde semble une bonne piste exploratoire pour une raison simple. Nos habitats, notre environnement et nos objets sont adaptés à notre morphologie, à notre gabarit et à nos mains.
Il est donc naturel de penser qu’un robot d’assistance sera plus à l’aise dans notre environnement s’il est bipède et doté d’organes préhensiles semblables à des mains. On sait toutefois que ces dernières sont particulièrement complexes (enjeux mécanique et économique).
Il est probable que le mouvement du marché s’oriente vers l’intégration des fonctionnalités, soit un robot multifonctionnel contre plusieurs robots spécialisés. Le cas échéant, la forme androïde pourrait l’emporter. On aurait alors un robot “passe-partout” : à la fois compagnon, conversationnel, ménager, assistant de soutien pour se lever ou se mouvoir, etc…
Cela ne veut pas dire pour autant qu’il soit doté d’une plastique humaine même si un certain marché semble également se développer du côté de compagnons robotiques plus intimes qui, pour le coup, vont résolument dans cette direction mimétique et réaliste.
Dans tous les cas et au vu du nombre d’ingénieurs et de sociétés qui planchent sur ces questions, il faut aussi être prêt à se laisser surprendre par de véritables innovations.
Quand Terminator passe l’aspirateur
Plus une machine devient autonome, plus la question de son contrôle (ou de sa perte de contrôle) se fait pressante. Nous l’avons dit, lorsqu’elle cherche en plus à reproduire très fidèlement l’apparence humaine, un autre phénomène peut intervenir : la vallée de l’étrange.
Au delà, une inquiétude de fond semble rester attachée à la machine “pensante”. Connectée à un réseau et dotée des clefs d’envoi d’une batterie de missiles, nous en mesurons les dangers. Une fausse alerte, un opérateur déclenchant par erreur une alarme et lançant le programme, le film Wargame des années 80 revient en force dans nos mémoires. Que se passe-t-il si une machine intelligente et doté de motricité décide de nous dire « non » ou pire de n’en faire « qu’à sa tête »?
Du cerveau artificiel à l’être mécanisé

Forme humanoïde ou non, qui n’a pas ressenti de frissons à la vue de cette vidéo d’un robot quadrupède qui explore son environnement toutes caméras dehors. Soudain, face à une porte, on le voit lever une sorte de bras autonome puis tourner le loquet et finalement l’ouvrir, en pénétrant tranquillement dans l’autre pièce.
Quand l’intelligence artificielle commence à être dotée de fonctionnalités mécaniques, notre inquiétude peut quelquefois monter d’un cran. Entre toutes les raisons qui peuvent l’expliquer, en voici une de taille… Nous n’avons pas les codes pour interpréter ce qui se passe en tâche de fond.
Habituellement, face à un être vivant doté de capacité de mouvement, notre système archaïque de détection des émotions ou du danger interprète et lit encore des signes. Mais que se passe-t-il face à une machine ?
Même si Terminator passe parfaitement l’aspirateur, il reste un parfait inconnu du point de vue de la lisibilité. Des millénaires d’évolution humaine ne nous ont pas appris à agir ni à décrypter cela..
Il ne s’agit pas que de vallée de l’étrange ici mais de quelque chose de plus ancestral et que les constructeurs devront prendre en compte pour l’intégration des robots d’assistance. Nos logis, comme nos systèmes d’alarme internes, sont conçus pour détecter et éloigner les risques de prédation. Face à une machine en mouvement, capable de forcer ou court-circuiter ses systèmes, certaines réactions grégaires pourraient continuer de survenir et un certain temps d’adaptation s’avérer nécessaire.
Bien sûr, les arguments économiques et les fonctionnalités guideront aussi le succès de ce marché mais l’acceptation pourrait devenir aussi importante que la performance technologique elle-même. Un robot doté de superpouvoirs mais enfermé dans un placard n’aidera évidemment personne.
Les limites actuelles
Avant d’installer C-3PO dans la chambre d’amis, chez vous ou chez papy, plusieurs obstacles restent donc à franchir.
- Le prix : les robots les plus avancés restent encore très coûteux.
- L’autonomie : moteurs, capteurs et informatique embarquée consomment beaucoup d’énergie.
- La manœuvrabilité dans nos logements : tapis, seuils, meubles, câbles et surtout escaliers compliquent fortement les déplacements.
- La manipulation : transporter un objet est une chose ; aider physiquement une personne fragile en toute sécurité en est une autre.
- La fiabilité : un appareil destiné à assister une personne ne peut pas fonctionner correctement « la plupart du temps ». Il faut assurer une continuité.
- La vie privée : caméras, microphones et habitudes de vie peuvent produire des données particulièrement sensibles. Quid du stockage s’il y a stockage ?

À retenir
La prouesse technologique ne suffira pas. Pour entrer durablement dans les logements, ces robots devront être abordables, fiables, simples à utiliser et suffisamment respectueux de la vie privée pour inspirer confiance.
Les dix prochaines années pourraient tout changer

Impossible de savoir aujourd’hui à quoi ressemblera le robot d’assistance de 2035 même si Elon Musk nous promet déjà qu’ils seront partout.
En termes de contexte, l’intelligence artificielle semble continuer de progresser. Si les robots deviennent plus habiles, si leur autonomie augmente et surtout si leur prix diminue, certaines fonctions aujourd’hui réservées aux laboratoires pourraient progressivement entrer dans nos logis.
Le premier véritable robot pour seniors n’atteindra sans doute pas la sophistication d’un C-3PO. Une chose est sûre, il sera surement assez loin de « Robby le robot » du film « La planète interdite » qui avait, en son temps, frappé les esprits.
Sans aller au robot androïde ultrasophistiqué, une machine plus simple, capable de se déplacer, d’aller chercher quelques objets, de détecter certaines situations et de communiquer avec la personne, les proches ou des services d’urgence pourrait déjà rendre de nombreux services. La robotique viendrait alors rejoindre la domotique, la téléassistance et les objets connectés parmi les différents outils disponibles pour faciliter le maintien à domicile.
L’impact sectoriel
Comme dans de nombreux secteurs qui s’emballent aujourd’hui avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, au risque de créer de grands sursauts de désemploi, la question de la réglementation et celle de la mesure seront importantes dans ces changements. Soulager et assurer une continuité de l’assistance à domicile ne devrait pas nous dédouaner de l’accompagnement humain, ni de son importance.
De même, il faudra sans doute réglementer pour préserver l’importance des métiers d’aide. Nous devons ici revenir sur l’exemple de la Chine et sa manière de légiférer sur l’IA dans les entreprises. Quant à l’adoption au logis, en particulier sur les tâches sensibles, elle nécessitera sans doute de nombreux essais et mises à l’épreuve avant commercialisation. Si le maintien à domicile reste le souhait de nombreux seniors, on ne saurait se permettre de badiner avec la santé des intéressés.
➔ Lire la suite : Team C-3PO ou Team Terminator ? Faites le quiz !
Notes
- Voir Les secrets de la communication: Les techniques de la PNL, de Bandler et Grinder ou encore les recherches de l’école américaine de Palo Alto sur ce sujet (Gregory Bateson, Paul Watzlawick, Edouard Hall, Milton Erickson, etc…) ↩︎
