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Derrière les présentations quelquefois spectaculaires (mais pas toujours au point) de robots humanoïdes se cache une question beaucoup plus concrète : comment accompagner une population vieillissante ?
Ici, il n’est pas question d’effet de mode mais bien de priorités. Les besoins en assistance à domicile vont en augmentant et les ressources humaines promptes à s’y consacrer ne sont pas extensibles. Dans ce contexte, la réalité démographique, comme la taille du marché potentiel, guident la marche en avant des progrès.
Accroissement du nombre de seniors, isolement croissant, mais aussi volonté de rester chez soi le plus longtemps possible. Face aux difficultés de recrutement dans les métiers de l’aide à domicile, la robotique pourrait peut-être apporter une partie de la réponse.

Pourquoi les robots intéressent-ils tant le secteur du vieillissement ?
Sur le fond, il ne s’agit pas de remplacer l’humain dans toutes les tâches par une armée de machines quoique certains semblent en nourrir le fantasme.
Contre le robot compagnon ménager intelligent et capable de tout faire, l’enjeu serait plutôt, dans un premier temps, de confier aux êtres synthétiques certaines tâches simples ou répétitives. On pense à une façon de renforcer l’autonomie qui pourrait laisser davantage de place à l’accompagnement humain, sans s’y substituer.
Sur la question de l’équilibre entre relation humaine et aide artificielle, les garde-fous seront, sans doute, utiles. On pense, par exemple, aux efforts récents de la Chine en matière de réglementation et à son interdiction des licenciements intempestifs de personnels au motif du remplacement total par l’IA.

À retenir
Le véritable enjeu n’est probablement pas « humain ou robot », mais de cerner précisément quelles tâches peuvent être automatisées sans déshumaniser l’accompagnement. La frontière demeure floue, même si certaines expérimentations semblent montrer que les échanges conversationnels avec un robot peuvent aussi trouver leur place dans l’accompagnement psychologique et cognitif. Il faudra observer ce type de pratiques sur la durée avant de pouvoir en dégager des conclusions.
Quels types de robots existent déjà ?
Loin du fantasme de l’être synthétique multifonction, le terme « robot pour senior » recouvre en réalité des machines très différentes :

• Les robots compagnons : dialogue, jeux, stimulation et présence. Ils ont déjà commencé à pénétrer certains marchés. Certaines Apps IA les devancent.
• Les robots assistants : rappels, communication, aide dans certaines tâches. Gestion d’agenda et automatisation font partie des fonctions assez simples à mettre en place.
• Les robots mobiles : déplacement dans le logement, téléprésence, surveillance ou transport de petits objets. Ici, la question de la préhension et de l’orientation sont au cœur des défis.
• Les robots médicaux : rééducation, mobilité ou assistance dans les établissements de santé. Au vu de la nature délicate des tâches à accomplir, ils sont, en général, hautement spécialisés.
• Les robots humanoïdes : encore largement expérimentaux, ils cherchent à reproduire une partie de nos mouvements pour évoluer dans un environnement conçu pour les humains.
Ce sont ces derniers qui fascinent le plus mais aussi les plus complexes à mettre au point. Deux bras, deux jambes et parfois un visage : difficile de ne pas penser immédiatement aux promesses de la science-fiction. Certaines expérimentations s’orientent même de plus vers le « mimétisme » émotionnel, voir physiologique, (chaleur de la peau, expressions du visage, etc…) sans avoir franchi, pour l’instant, le cap de “l’uncanny valley”.
Définition : l’Uncanny Valley ou la vallée de l’étrange
C’est comme nous mais pas tout à fait. Mieux même, c’est juste assez différent pour être carrément « flippant ». Entre démarche chaloupée, sourire figé, l’image du zombie n’est jamais loin. Vous voyez la poupée de film d’horreur qui s’anime soudainement un soir d’orage et que vous retrouvez armée au pied de votre lit ? Bon bin voilà, vous y êtes à peu près. Welcome to l’uncanny valley.
Autrement dit, entre androïdes si réalistes qu’ils deviennent plus proches de vous que votre tatie Odette ou robots domestiques un peu plus avancés qu’une tondeuse à gazon autonome et qui peuvent débarrasser la table sans casser trois verres, il reste encore quelques étapes à franchir. Du reste, pour l’assistance à domicile, peut-être que la solution ne sera pas forcément le mimétisme complet et que des formes robotiques originales restent à inventer.
MOYA : la voie robotique humanoïde
Présentée en 2026 par la société chinoise DroidUp, l’androïde féminine MOYA explore une voie très différente des robots d’assistance spécialisés. Voilà en effet une humanoïde conçue pour rendre l’interaction avec la machine aussi naturelle que possible. Haute de 1,65 m pour environ 32 kg, MOYA reproduit notamment le regard, certaines expressions faciales et une démarche proche de celle d’un humain.
Sa particularité la plus étonnante reste toutefois son enveloppe souple et sa peau maintenue entre 32 et 36 °C, destinée à reproduire jusqu’à la sensation de chaleur d’un corps humain. DroidUp, la société qui l’a conçue, envisage notamment ce type de robot pour des usages de service, d’interaction sociale et de soins.
Même si le prototype est encore loin du robot d’assistance que l’on pourrait installer chez un senior dès aujourd’hui, MOYA illustre jusqu’où peut aller la recherche de mimétisme et pose immédiatement la question centrale : pour être accepté à nos côtés, un robot doit-il vraiment nous ressembler autant ?

Autonomie à domicile et robots actuels : Jusqu’où peuvent-ils aller ?
Certaines fonctions sont déjà accessibles tandis que d’autres restent largement expérimentales. Certains êtres synthétiques peuvent être doués de fonctions avancées, voire même capable de détecter certains états émotionnels sans pour autant être dotés d’une grande mobilité.
Aujourd’hui, certains robots peuvent déjà :
- rappeler un médicament ou un rendez-vous ;
- dialoguer et proposer des jeux ;
- guider quelques exercices ;
- faciliter un appel avec un proche ;
- participer à la détection d’une chute ou d’une situation inhabituelle.
Demain, l’enjeu sera davantage physique et lié à la mobilité environnementale :
- aller chercher ou transporter des objets ;
- ouvrir une porte ou un placard ;
- aider une personne à se relever ;
- préparer un repas simple ;
- se déplacer de manière réellement autonome dans un logement.
Dans le contexte du maintien à domicile, le robot d’assistance ne sera peut-être pas un appareil isolé. Dans une maison équipée et intelligente, il pourrait communiquer avec les capteurs, l’éclairage ou les dispositifs d’alerte pour agir en fonction des situations. Nous abordons ces évolutions possibles dans notre article sur les innovations domotiques pour les seniors à l’horizon 2030.

Bon à Savoir
Saisir un verre, le déplacer sans le casser ni le renverser et le tendre à quelqu’un est extrêmement simple pour nous. Pour un robot, l’opération nécessite de reconnaître l’objet, sa position, sa fragilité et d’adapter précisément ses mouvements et sa force. C’est notamment sur cette capacité à agir dans un environnement humain imprévisible que se joue une partie des progrès à venir.
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